Lors de notre Playground du 26 février, nous avons accueilli Ceren Yildirim, conseillère en investissement et gestionnaire de patrimoine à Strasbourg, pour aborder un sujet que beaucoup préfèrent repousser : la transmission. Quand on a construit un patrimoine ou une entreprise, une question finit toujours par se poser : qui décidera demain ? Dans cet article, Ceren revient sur les enjeux d’une transmission anticipée et structurée, pour éviter que le cadre légal ne décide à votre place.
Nous vivons un moment particulier, discret mais décisif.
D’ici à 2040, une génération entière de dirigeants, d’entrepreneurs et de détenteurs de patrimoine va transmettre ce qu’elle a construit.
Ce mouvement est désormais identifié : la grande transmission.
Elle est déjà à l’œuvre, dans les départs à la retraite qui s’accélèrent, les entreprises familiales en quête de relais, et les débats économiques et fiscaux récurrents sur la place
de l’héritage et de la transmission d’entreprise.
Entre 2025 et 2040, près de 9 000 milliards d’euros changeront de mains.
Derrière ce chiffre vertigineux, une réalité simple : le vieillissement des générations du baby-boom et l’accumulation de patrimoines familiaux au fil des décennies.
Cette vague s’inscrit dans un environnement exigeant : pression fiscale durable, instabilité économique, familles plus complexes, attentes accrues en matière de gouvernance.
Transmettre aujourd’hui ne consiste plus seulement à passer le témoin.
Il s’agit d’organiser un changement de pouvoir, plutôt que de le laisser s’imposer.
On consacre une vie à bâtir une entreprise, un patrimoine, une stabilité familiale, parfois une vision.
Et pourtant, un sujet demeure souvent en suspens : la transmission.
Non par négligence. Mais parce qu’elle touche à quelque chose de profondément humain : le contrôle, la continuité, l’équilibre.
Or, en matière successorale, le vide n’existe pas. Si rien n’est organisé, la loi s’applique mécaniquement.
Et la loi ne connaît ni vos intentions, ni vos équilibres familiaux, ni les fragilités que vous avez parfois mis des années à stabiliser. Elle tranche, sans contexte.
La transmission est trop souvent abordée sous l’angle fiscal.
Comment réduire les droits ? Quels abattements mobiliser ? Quel dispositif utiliser ?
Ces questions sont légitimes. Mais elles ne sont pas structurantes.
Les véritables questions sont stratégiques :
Une transmission mal préparée ne se traduit pas uniquement par une facture fiscale élevée. Elle crée une fragilité durable.
Les risques sont rarement spectaculaires ils sont progressifs.
Et lorsqu’ils deviennent visibles, il est déjà difficile de revenir en arrière.
La transmission est un sujet particulièrement émotionnel.
Elle touche à la protection du conjoint, à l’équité entre les enfants, à la survie d’un projet entrepreneurial parfois porté sur plusieurs générations.
C’est précisément pour cette raison qu’elle ne peut pas reposer uniquement sur l’intention.
Sans architecture adaptée, une volonté de protéger peut produire l’effet inverse.
Anticiper ne signifie pas se déposséder.
Anticiper signifie conserver la maîtrise.
Plus le temps est long, plus les marges de manœuvre sont importantes : transmission progressive, organisation de la liquidité, structuration du capital, gouvernance formalisée.
Le temps est un levier. À condition qu’il soit structuré.
Reporter la transmission n’est pas neutre.
C’est un choix implicite : celui de laisser un cadre légal standard décider à votre place.
Préparer sa transmission, ce n’est pas préparer une fin. C’est organiser une continuité.
La plupart des transmissions ne sont pas mal pensées. Elles ne sont simplement pas pensées assez tôt.
Anticiper la transmission, ce n’est pas chercher à tout maîtriser.
C’est décider, tant qu’il en est encore temps, de ce qui doit continuer et selon
quelles règles.
Article rédigé par Ceren Yildirim — Conseillère en investissement et gestionnaire de patrimoine